Instant T

Là en cet instant précis, je suis heureuse, sereine, complète dans cette nature qui m’enveloppe, de la terre comme au ciel je me sens part entière de cet univers. Lovée dans le creux de cette jungle, au milieu de la nuit. Le ciel semble si proche qu’on pourrait toucher les étoiles, si nombreuses vues de cette contrée. La terrasse surplombe la mer et j’entend le ressac qui donne le rythme d’une mélodie que le chant des grenouilles et divers oiseaux  accompagnent.

J’ai souvent rêvé d’un instant pareil, intemporel. Continu et pourtant éphémère. Infini, magnifique qui donne cette impression de communion.

J’ai atterri sur cette île part hasard… Et depuis je n’ai de cesse de revenir. Mises en suspend mes évasions en Asie, mes divers petits sauts pour voir mes amis. Oui je l’avoue j’ai eu un coup de coeur pour ce lieu.

Bien sûr il y a toujours le brouhaha humain ambiant. Cependant en cet instant précis tout est parfait. Ma joie de vivre est là. Intacte.

Et comme j’ai bien conscience que tout passe, j’apprécie ce moment avec délice et l’intègre dans ma boîte à trésors sensoriels afin d’y retourner à l’infini.

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Naïve ?

Il me souriait avec cet air affable dans son costume bien coupé, prenant des poses avec ses mains posées sous son menton, ses jambes qu’il croisait et décroisait en faisant des torsions élégantes avec son corps. Il paraissait m’écouter mais en fait je sentais bien qu’il m’étudiait sous son apparente décontraction… Les comédiens ont l’art et la manière de vous faire croire que vous êtes unique, particulière… Ce qui fait tout leur charme, flatter votre ego. Remonter votre estime personnelle quelques instants.

Nous discutions donc sur l’élaboration d’un projet commun avec des attentes différentes installés confortablement sur mon balcon réchauffés par un doux soleil d’hiver. Lui s’interrogeant sur la somme que je pourrais bien lui offrir en échange de ses conseils et moi sur le bien fondé de cette dépense par rapport à ma démarche personnelle. Il endossait le rôle du ”mi-renard mi-paon ”déployant son savoir-faire avec aisance tandis je tenais celui de la poule qui caquette joyeusement l’air de ne rien voir venir, tournant et virevoltant entre deux verres de vin et de grands sourires. Il me sondait avec circonspection pour extraire un vrai sujet de mon babillage. Et tandis que nous cherchions ensemble un format, il me proposa à l’issue de plusieurs anecdotes un titre qui lui semblait évident et qui condensait le tout : Naïve. 

Comprenant assez vite que je n’avais pas les moyens de ses ambitions et que les miennes n’étaient pas à la hauteur des siennes, il me l’a joué l’âme en peine, l’amour en berne, le coeur en pleine déchirure sentimentale… Il n’est pas homme à partir les mains vides… Et cela tombait bien je n’avais pas envie de dormir seule. J’ai abrégé la séquence « drama »…

C’est étrange comme avec le temps on appréhende les événements différemment. Tout n’est plus tout noir ou tout blanc comme dans notre première jeunesse. On joue dans la nuance et au lieu de rugir lorsqu’on s’égare, on cherche un moyen plus agréable d’aborder la situation afin de la transformer.

Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises personnes, il y a juste celles qui nous touchent et celles qui nous laissent de marbre. 

Capture d’écran 2015-02-04 à 14.38.47Naïve moi ?

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rêve 2

La pièce est faiblement éclairée par le lampadaire de la rue. Il pleut. Quelqu’un frappe à la porte. T’es prête ? Prête pour quoi ? Ben pour la fête ! Rejoins-nous vite ! Sur ce elle s’éloigne dans le couloir, suivie par d’autres personnes toutes habillées de blanc. Je les suis jusqu’à une gare où apparemment il y a une grève de transport. Nous nous rabattons vers la station de bus. Le bus 52. Mais je suis seule. Où sont passé les autres ? J’essaie de voir le paysage à travers la vitre mais rien. Juste la nuit noire et ce bus qui roule, roule et ne s’arrête pas. Dans ce bus, aucun visage ne m’est familier. Je n’ose pas demander où on va. Je ne me souviens plus de la destination inscrite sur ce bus. D’ailleurs l’ai-je lu ? Je me souviens avoir suivi mes amis et être monté machinalement dedans sans me poser de questions jusqu’au moment où j’ai constaté que j’étais la seule de la bande à l’intérieur. Et trop tard pour en descendre… Enfin le bus s’arrête. Deux contrôleurs montent à bord. Diantre je n’ai pas de billet ?! Je bafouille une excuse au premier, rouge comme tomate. Il me pousse vers la sortie en expliquant au second que je descends là pour prendre la correspondance.

Quelle correspondance ? Tandis que le bus s’éloigne et que le contrôleur me sourit, je me demande où je suis en plein milieu de la nuit. J’entends des pas qui claquent sur le sol mouillés. Des pas qui se rapprochent mais je ne vois rien. J’essaie d’écarquiller les yeux mais je n’y arrive pas. Bordel mais où suis-je ? Pas une seule lumière à l’horizon ? Pas de voiture qui passe ? Même pas un chien qui aboie ?!

Je me réveille en sursaut. La journée va être longue…

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Descendance

Il porte ma robe rouge tricotée fin et large. Il me l’a piquée car il aime la couleur. Ça lui donne une drôle d’allure avec son pantalon en cuir et ses « tiags » qu’il ne quitte jamais. Même à la plage. Véridique ! Il n’est pas fan de grand air en général. Mais ça lui est égal.
Il marche comme à son habitude la tête penchée tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Tandis que nous sommes à table, il va et vient, ne tient pas en place. Il finit par sortir s’en griller une.
Je n’écoute plus les conversations depuis qu’il a quitté la table. Je l’observe, il est de dos. Je l’imagine de face. Je connais chacune de ses mimiques, ses tics nerveux qui agitent son visage lorsqu’il prend la parole, les plis de sa bouche quand il est tracassé, le souffle de sa respiration quand il fume. Tout, je connais tout de ses expressions. Mais parfois son regard est vide, là je le perds. Il a des yeux bleu acier et parfois si gris que c’en est perturbant. Sans doute sa myopie. Mais de cela il ne veut pas en parler. D’ailleurs il parle peu, cela l’ennuie. Alors ce genre de réunion familiale et amicale, non vraiment ça ne lui dit rien. Cependant il fait acte de présence. C’est le repas dominical et sa mère est là. Alors il s’y tient, il fait l’effort pour elle. Même s’il sait qu’aujourd’hui elle a du mal à reconnaître les visages, même s’il se doute qu’elle n’a plus toute sa tête. Pour elle, il est capable d’affronter le mépris de ses frères et soeurs qui n’ont jamais accepté sa différence, son irrespect des règles et surtout d’être le préféré de la mère… Le père lui, est décédé quelques mois plus tôt et il sent bien qu’elle va bientôt le rejoindre.
Effectivement quelques mois plus tard Françoise est trouvée dans son lit, endormie pour toujours. Elle gît dorénavant aux côtés de Pierre dans le tombeau familial.
Et quelques années après ce fût son tour à lui.

Je me suis toujours demandé s’il n’avait pas provoqué sa chute. Trop de chagrin sans doute. Il ne s’est raccroché à rien. Sauf peut-être à sa bouteille de whisky. Mais non. En fait c’est avec elle qu’il s’est peu à peu laissé glisser.

J’étais enceinte de huit mois. Je voulais voir la mer. Il avait « emprunté » une voiture, remplit une glacière de bières pour lui et d’eau pour moi. Tandis que je marchais dans les vagues et que le sable me chatouillait les doigts de pieds, il buvait tranquillement ses bières en plein soleil, chaussé de ses santiags et son blouson de cuir sur le dos… Il me regardait, souriait de ses grands yeux clairs en fumant une cigarette… Il aimait voir mon corps s’arrondir, j’étais touchée de son regard sur nous. Tu n’étais pas encore arrivé qu’il t’aimait déjà. Nous vivions dans le chaos, tu étais notre parenthèse de bonheur, notre miracle. La joie nous habitait… Puis l’a quitté.

C’est dimanche. Nous déjeunons au soleil. Tu souris, tes mains s’agitent, ton visage s’illumine tout en me parlant de ta petite amie, de tes compositions musicales, de tes derniers voyages… Le ciel est si bleu, bleu profond, comme la prunelle de tes yeux, les yeux de ton père. Lui aussi avait les yeux qui changeaient de couleur en fonction du temps. 

C’est une belle journée. Légère, insouciante comme je les aime. Tu a grandi si vite. Ton père n’est plus là pour te voir mais je crois qu’il serait fier car c’est un homme aujourd’hui que j’ai devant moi. Tu es joyeux, moi aussi.

Pour toi je voudrais vivre encore longtemps. 

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Rêve 1

Le bruit des pas se rapproche. Je me retourne : rien. Pourtant je suis certaine d’être suivie. Mais non, encore une de ces illusions. Après toutes ces années je n’arrive toujours pas à comprendre ce qui déclenche ces peurs paniques. Car heureusement, je n’en ai pas tout le temps. Non c’est irrégulier. En général c’est durant mes périodes d’insomnies. Il suffit d’un rêve étrange et ensuite cette impression fugace me suit toute la journée et dans ces moments là, la terre entière me semble hostile… et je reste cloîtrée chez moi.

Je conduis. Il est assis côté passager. Je lui demande de conduire, il ne préfère pas. La route est droite, mes paupières sont lourdes, je résiste au sommeil qui s’abat sur moi… Un choc me fait sursauter. un coup de volant, un oeil dans le rétroviseur, je me gare et je respire bruyamment, mon coeur bat la chamade. Descendre ou pas, constater l’étendue des dégâts… Je n’en ai pas vraiment envie. Mais il le faut.

Je contourne la voiture et me rends compte qu’en dehors du pare-choc avant droit enfoncé, tout semble « ok ». Je regarde au loin : ce doit-être les graviers placés sur la chaussée qui m’ont fait déraper. Heureusement je ne roulais pas vite.

Il n’est pas sorti de la voiture. Il me dit qu’on doit se dépêcher, qu’on ne doit plus être très loin. J’aperçois et prends un sentier qui monte en tournant qui nous mène dans un quartier résidentiel où se côtoient maisons et jardins sans clôture avec des peupliers dont les feuilles argentées dansent dans le vent.

On dirait un club de vacances mais non. Je me gare devant une maison dont le sol est rouge fraîchement lavé, la charpente est massive et sombre. Je sors un sac de voyage d’un placard et je tente de le remplir avec tout ce que j’y trouve et  je réalise soudain que je ne peux pas prendre tous les manteaux… Ça ne rentre pas.

Il est pressé, ne dit pas un mot. Il veut déjà repartir.

Une femme entre dans la pièce avec un tout petit garçon. Il les dévisage et se fige. Puis il s’avance lentement vers eux et prend cet enfant dans ses bras en le serrant si fort qu’il manque de l’étouffer. Pas un regard pour elle, ni pour moi. Il le repose au sol et sort de la pièce. Je le suis du regard, il ne se retourne pas.

L’enfant c’est moi. Je le regarde partir. Je suis le garçon qu’il a toujours espéré… Et que je ne suis pas.

 

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Entre deux…

Dans le brouhaha rassurant de cette brasserie où je viens prendre tous les jours mon café matinal j’essaie de rassembler mes pensées. 

Moi qui ai toujours eu des avis tranchés sur tout, me voici engluée dans l’incertitude, oscillant entre deux jobs, deux trains, deux hommes, deux avions, deux destinations ; et pour la première fois depuis longtemps, je ne sais que choisir. Ou plutôt je n’ai pas envie de choisir… C’est comme si j’avalais tout ce qui est sur mon passage, portée par la roue du temps qui m’intimerait que la date butoir arrive à grands pas et qu’il n’est plus question de trancher ni de se perdre dans de vaines conjonctures existentielles : prendre tout ce qui vient.

Cependant je prends encore des décisions ou des choix qu’il ne me serait pas venu à l’idée quelques années plus tôt, entravée que j’étais par des responsabilités familiales, des conventions sociales et autre étiquettes que je m’imposais de respecter afin de préserver mon fils et les hommes que j’ai aimés. Parlons en de ceux là, d’y penser me fais sourire…

Je ne sais pas encore si c’est le fait d’avoir atteint un certain âge ou de vivre seule et de n’avoir plus la responsabilité de mon fils qui est aujourd’hui un homme, qui me pousse à agir de la sorte ; une crise d’adolescence refoulée qui me rattraperait des années plus tard ? Ou tout simplement cette maturité qui vous affranchie de tout ?

Le fait est qu’aujourd’hui, n’avançant plus dans l’urgence, je m’étonne de chaque jour qui passe avec son lot de surprises. Plus que jamais je me rends compte de ce que signifie le mot «instant». Je bascule d’un instant à l’autre. Ce simple mot qui multiplié, illustre le temps qui passe. Une vie. Une vie de chaque instant…

– Tiens salut toi !

– Bonjour John !

– un café ?

– Non merci j’en suis à mon troisième, une orange pressée s’il te plaît,

  • Ok, ça promet !

Un café et une orange pressée criés à la cantonade et John le plus naturellement du monde me prend la main, l’embrasse et me lance un de ses regards charmeurs de papier glacé… Depuis que sa fille vit avec lui, notre relation s’est enrichie ; Il s’intéresse beaucoup plus à la psyché féminine et son inquiétude paternelle est touchante, lui si désinvolte et moqueur d’ordinaire. Bien sûr il me l’a confie lorsqu’il part en mission… Oui je n’ai pas su lui dire non même si au départ ce n’était pas du tout prévu comme ça. Nous ne sommes pas vraiment ensemble mais ne pourrions nous passer l’un de l’autre ; nous rions de nos petits malheurs, de nos égarements, de nos mésaventures ; nous sommes terriblement complices ; cette amitié amoureuse est bien pratique en fait. Je suis sa femme passerelle, il est mon «entre deux», mon sas de sécurité. Là je sais qu’il va me demandait un service, j’en souris d’avance. nous sommes tellement prévisible l’un pour l’autre que c’en est bluffant !

  •  C’est quoi le programme aujourd’hui ? promenade boulevard des grimaces, dégustation dans le labyrinthe de nos casseroles ou piquenique dans le parc des optimistes ?
  •  Evasion vers le paradis de nos envies !
  • Mais c’est que madame serait de bonne humeur ce matin ?
  • Je peux la jouer en solo si tu m’asticotes..
  • Avale ton jus et prend tes affaires on file, j’ai une super idée !

Au point où j’en suis je précède John, toujours aussi enthousiaste, lui demandant toutefois un crochet par chez moi pour chausser d’autres sandales: avec lui je sais que je vais traverser la ville de long en large…

  • Au fait tu fais quoi cette semaine ?

On y vient …

  • Tu veux dire pendant ces vacances scolaires de quinze jours ?
  • Ben oui en fait, je me demandais si …
  • Te fatigues pas, Céleste est la bienvenue même si je compte travailler durant ces vacances scolaires, elle pourra venir si elle veut. Mes gamins ont le même âge qu’elle,
  • Pas d’entourloupe hein ?
  • Comment ça ?
  • Ben oui tes cas sociaux j’en veux pas pour ma fille,
  • Dis donc t’es qui toi pour juger mes élèves ? c’est toi le «cas soss»
  • Tu veux dire nous !?

Il sourit, message reçu, c’est entendu je prendrai soin de sa fille chérie… Pour l’instant détente et déambulation joyeuse dans la ville !

 

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Refuge

Comme à chaque fois que je sombre, je me réfugie dans cette bulle de rêve que représente pour moi cet amour que j’ai stoppé en plein vol… Je ressens encore son regard brûlant, ses bras qui m’enlace et je me sens apaisée. Loin de tout ce qui me blesse…

 

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