Le banc.

Assise sur ce banc, elle attend. Depuis combien de temps ? Elle ne se souvient plus très bien. Son regard se promène dans ce parc qu’elle connaît si bien. Les cris des enfants dans l’aire de jeu un peu sur sa gauche, le bruissement de l’envol soudain des pigeons effrayés, le gazouillis flûté des mésanges, le croassement des corneilles. Oui tous ces bruits familiers lui tiennent compagnie. Un rayon de soleil vient lui caresser la joue. Elle ferme les yeux et s’abandonne à cette douceur. Elle semble se fondre dans le paysage. Elle voudrait ne faire qu’un avec lui. Elle se sent tellement pleine dans la nature. Tout lui paraît si simple.

Bonjour, maman ! Comment vas-tu aujourd’hui ?

Bien mon enfant, comme chaque jour. Tu es bien jolie, quel est ton nom ?

Lucie, et Jean t’embrasse,

Oui oui ça me revient. Il est terrible, il faut que tu le surveilles car il en fait toujours qu’à sa tête. Tu restes pour dîner ?

Non je ne pourrais pas mais nous pourrions déjeuner demain ?

Demain c’est loin, on verra. De toutes les façons, j’ai bien compris : je ne peux plus rien décider. Je ne comprend pas : un jour je me réveille chez moi et le soir je me retrouve dans cette chambre, à prendre mes repas dans ce réfectoire avec plein de gens que je ne connais pas… On ne m’a pas demandé mon avis. Je ne retrouve plus les photos que j’avais sur ma commode dans ma chambre, ni mes tableaux, et mon pull bleu que ton père m’avait offert ? Je ne retrouve plus rien. Ils m’ont tout pris.

Ça doit-être dans des cartons, je vais encore chercher si tu veux. Tu es là car on a pensé que ce serais mieux pour toi d’être ici avec des personnes de ton âge. En plus tu bénéficies d’un encadrement médicalisé. Dans ta jolie maison tu étais isolée de tout et nous ne pouvions pas venir tous les jours pour t’aider.

On ne m’a rien demandé.  Cet endroit sent la mort sinon comment expliques-tu que chaque fois que je fais connaissance avec quelqu’un, il finit par mourir…

Oui je comprend, l’âge avance, ça ne doit pas être simple tous les jours. Je dois y aller, les enfants, l’école. Je viens te chercher demain pour déjeuner, d’accord ?

Hum, si tu veux.

De toutes façons elle n’a pas le droit de sortir seule sauf dans ce parc. Comme les  enfants… ”L’âge avance”.

 Le soleil brille encore. Une légère brise s’est levée. Elle tend son visage et savoure cette caresse invisible. Elle se revoit au bord de la mer dans les dunes. Avec ses amis, insouciants, riant et chahutant dans le sable. Elle peut même entendre les vagues se mourir sur la plage. Elle soupire de bonheur. Elle va rester encore un peu.

Ce banc résume son univers. Le complice de toute sa vie qui défile.

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
Cet article, publié dans Chroniques, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s