Trois kilos six cent trente grammes.

Quand il rentrera, elle lui dira. Quand il sera là devant elle, elle lui expliquera. Qu’elle ne peut vivre comme ça, qu’elle l’aime mais que cela ne suffit pas ; ne justifie pas ce qu’elle subit chaque jour depuis maintenant plus de six mois. Elle souffre et ce silence n’arrange pas, n’aide pas à surmonter cette épreuve. Bien évidemment lui aussi se ronge de l’intérieur.

Ce qui est le plus difficile c’est ce silence, cette indifférence. Pas un regard. Rien. Juste une présence, des gestes mécaniques car vie commune et quotidien existent encore. Heureusement, il ne l’a pas quittée. Mais franchement elle se demande si une vraie rupture ne serait pas plus facile à vivre, si on peut parler de facile dans ces cas là.

Depuis ce jour fatal ils ne communiquent plus. Lorsqu’ils se croisent il baisse les yeux. Une gêne s’est installée entre eux, une distance ; alors que c’est justement dans ces moments précis qu’elle rêverait de se blottir dans ses bras et le de prendre aussi dans les siens ; qu’ils crachent enfin leur douleur et leur colère.

Ce jour-là, il lui avait pris sa main dans la sienne et il l’a serrée fort tandis qu’elle lui disait : je suis si triste. ”Je suis désolé mais il va me falloir du temps” furent ses derniers mots et il est sorti de la chambre d’hôpital.

Qu’elle injustice ! Ils se sentent abandonnés des dieux. Ils avaient tant d’amour à offrir à ce petit être qui n’aura respiré que quelques petites minutes.

Il marche au hasard dans les rues qui le ramènent chez lui. Depuis six mois il vit comme un automate, le sol s’est dérobé sous ses pieds. Il était tellement heureux, il avait tenu dans ses bras son petit bébé, son petit homme, qui le temps d’un sourire n’a plus respiré. Il sent encore la sensation de ce corps minuscule dans le creux de ses bras. Comment lui expliquer qu’il est bloqué sur cette sensation. Trois kilos six cent trente grammes. Rester bloqué c’est prolonger cet instant si court. Cette vie qui n’est plus. Ce souffle de vie qui n’est plus… 

Mais elle est là chaque soir. Elle l’accueille avec son petit air de chat craintif. Il fuit son regard ; c’est trop difficile d’affronter cette douleur dans ses yeux. À travers elle il se sent anéanti, écorché… Comme elle. Il l’a revoit si gaie, si enjouée. Elle n’est plus que l’ombre d’elle même. Jusqu’à quel point vont-ils se laisser couler ?

Elle passe derrière lui, lui enlève son manteau. Une tentative de contact qu’il ne laisse pas passer cette fois. Il se retourne, l’enlace et pleure doucement dans son cou. 

Il est parti mon amour, il est parti ma chérie, mais nous sommes encore là. Tout les deux.

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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