Les croisades de Louison

Un jour elle a décidé qu’elle n’avait pas besoin d’amour. Allez savoir pourquoi. Elle se sentait des tonnes d’amour à donner, elle en avait plein les bras. Elle ne s’identifiait jamais aux princesses, elle les trouvait lymphatiques. Non, elle c’était le grand chevalier, le brave sur son cheval blanc qui pourfend l’injustice, qui sauve femmes et enfants, bref le défenseur des causes perdues. Déjà petite elle rêvait de protéger le monde, la nature, les gorilles, les tigres, les tout petits insectes, le chat de la voisine et surtout sa mère. 

Elle la voyait si triste jour après jour malgré toutes les pitreries qu’elle inventait pour la faire rire, malgré toutes les attentions qu’elle déployait pour adoucir ce quotidien qui lui semblait si lourd… Rien ni faisait. Alors elle s’est tournée vers ses camarades de classe et s’est souvent retrouvée «chef»plus qu’à son tour, à défendre dans la cour de récréation les plus démunis face à la cruauté enfantine. Parfois elle les serrait très fort dans ses petits bras pour leur montrer qu’ils n’étaient pas seul… Oui l’enfant au départ n’a pas de censure. Comme quoi la censure  ce n’est pas naturel : on nous l’inculque.

À tour de bras, elle a très vite grandie et s’est retrouvée dans un corps de femme avant même de réaliser que le temps de l’enfance était bien révolu. Terminé les galipettes innocentes dans l’herbe folle des prairies et dans le foin des granges. Terminé les parties de pêche avec les garçons du village d’où la plupart du temps ils rentraient bredouilles mais avec des crampes aux mâchoires d’avoir tant ri… 

Les garçons ont commencé à la regarder autrement. À lui parler autrement. Elle ne comprenait pas vraiment mais ça ne l’arrangeait pas du tout ces façons là. Elle ne les faisait plus rire et vice-versa. Ils devenaient tout rouges et gauches lorsqu’ils se rencontraient dans leur bois favori. Des silences gênés avaient remplacé les éclats de rires. Oui bien sûr ils éprouvaient toujours le besoin de se réunir mais l’adolescence avait bien plombé l’ambiance.

Heureusement elle a déménagé et s’est crée une nouvelle vie et un nouveau combat joyeux à mener : rendre le sourire aux hommes malheureux. Et dieu sait qu’il n’en manque pas… Elle trouvait très étrange qu’aucun homme ne lui résiste. Personne pour la stopper dans sa quête ? Pourtant elle ne se trouvait pas jolie, elle ne se regardait pas dans la glace, juste pour se brosser les dents. Dans sa famille on ne lui avait jamais dit, ni évoquait quoi que ce soit sur son physique d’ailleurs. Inséparable de ses frères et de ses copains de jeux, elle avait grandie sans se poser de questions au sujet de l’apparence. Du coup le regard des hommes sur elle l’intriguait. Elle tentait de comprendre à travers ses aventures de sauvetage ce qui pouvait bien se passer dans la tête d’un homme pour qu’il accepte comme ça tout de go de lui prendre la main, de l’enlacer et de l’étreindre si fort sans poser de question. Parfois certains auraient bien aimé la revoir mais son sauvetage consistait à ne leur accorder qu’une nuit. Une seule. Ils n’étaient pas toujours d’accord. Heureusement pas de téléphone portable, pas d’internet et elle évitait scrupuleusement de donner quoique ce soit comme information personnelle ; le seul espoir de la retrouver était des endroits clés dans la ville. Encore fallait-il qu’elle y soit car elle avait la bougeotte. Elle ratissait très large et ne voyait d’ailleurs pas pourquoi se limiter géographiquement alors qu’elle découvrait l’espèce masculine dans tous ses états.
Bien sûr avec une attitude pareille, elle ne connaissait ni l’échec ni la tristesse de la séparation ni la torture de l’attachement encore moins la douleur du manque. Elle donnait son corps et sa chaleur à tour de bras, heureuse d’apporter du réconfort à  ces âmes errantes comme elle se plaisait à dire…. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Thomas. Thomas l’étudiant philosophe qui lui a dit non. 

Non mais comment non ? Tu es charmante mais ça ne va pas être possible. Ha… Je n’ai pas besoin que tu me trouves charmante, je voudrais juste qu’on fasse connaissance… De façons plus charnelle, tu vois ? Hum, on peut se retrouver plus tard mais là je ne peux pas. Même un tout petit moment ?  Ben non, je dois y aller…

Elle reste plantée là, à le regarder s’éloigner et se fiche bien de gêner les personnes qui circulent sur ce bout de trottoir. Aucun homme ne lui a fait ce coup là. Qu’à cela ne tienne, il y en a plein d’autres !

Thomas a contrarié son élan. Il est celui qui lui greffe un doute dans le bien fondé de sa croisade. Malgré son air bravache, son assurance a pris un uppercut  dans le ventre. Non pas qu’elle en ait tant que ça de l’assurance, elle ne s’était juste jamais posé de question tellement persuadée du bien fondé de son action.

En fait après l’effet stupeur, son naturel confiant reprend le dessus et la voilà repartie comme en quarante ! Sauf qu’elle se surprend à choisir différemment ses cibles. Elle devient méfiante. A-t-il vraiment besoin de mes bras celui-là ? Elle ne se lance plus au premier sourire, elle a besoin d’autres indices… Elle n’est pas prête à encaisser un autre refus comme ça de plein fouet. Non Louison a découvert une sensation bizarre, un peu désagréable. Un truc qui la chatouille de l’intérieur comme si un démon s’était réveillée en elle. Vous savez ce genre de truc qu’on cache bien sous le tapis, un coup de vent et vlan c’est devant soi à nouveau.

Évidemment le suivant lui donne rendez-vous et la voilà de nouveau joyeuse et les yeux pétillants de malice. Pfff ! Pourquoi douter quand on a la vie devant soi et tant d’hommes à consoler ? Ce n’est pas un étudiant ébouriffé qui va lui saper le moral ! Cependant elle a trouvé charmant… Elle est certaine que celui là elle le reverra et ce n’est pas qu’une nuit qu’elle lui accordera. C’est certain. Elle aime bien cette sensation qui la chatouille dans le ventre. Elle traverse le pont, sourire aux lèvres.

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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