16. Elle et ses démons.

http://youtu.be/JFDYfhhHEk8

Un jour elle sait qu’elle y arrivera. Même si c’est par intermittence elle est persuadée qu’un jour elle ne se laissera plus happée par son passé. Enfant elle n’avait pas le choix, mais cela fait longtemps qu’elle a pris sa vie en mains, alors pourquoi, pourquoi parfois se laisse-t-elle glisser ainsi ?

C’était beaucoup plus facile avant. Enfin après l’adolescence. Mélody a plongé si vite dans sa vie d’adulte qu’elle n’a eu le temps de réfléchir mais c’était le but. Elle a tout oublié. Car sa réalité d’enfant était beaucoup trop difficile à accepter. La seule façon de se sentir vivante c’était de décider de se détruire elle-même. La violence subie plus jamais ! Et le moyen le plus efficace qu’elle ait trouvé après la drogue qui l’a rendue amnésique, c’était de rentrer dans la vie d’adulte d’un seul coup. Elle a préféré se lancer envers et contre tous dans ce qu’on pourrait nommer une vie rangée sauf qu’à dix-neuf ans c’est un peu tôt. Elle a dû braver tous ses proches qui lui assénaient à coups de bienveillance : mais tu n’y arriveras jamais, t’es trop jeune, t’as vu la vie que tu mènes ? T’es complètement inconsciente ! Pauvre gosse ! Quelle vie tu lui réserves … Allez tous vous faire foutre! Déterminée qu’elle était, en finir avec cette enfance pourrie et construire sa propre vie. Celle qu’on ne lui imposerait plus. Jamais. Oui, d’un seul coup elle a basculé. Il s’est avéré que le père de son fils n’était pas aussi motivé qu’elle, mais elle a assuré pour deux. Elle avait la force d’un lion et l’instinct d’une louve. Rien ne pouvait l’arrêter. Elle avait même réussi repousser ses démons. Plus de vingt ans ce sont écoulés et la voilà de nouveau à la case départ. Ils sont de retour.

Elle n’a plus les regards ingénus de son fils, ni ses rires qui lui faisaient oublier toute sa difficulté de vivre. Elle n’a plus ce moteur qu’il lui transmettait cette force à son insu et qui la propulsait sans cesse en avant. Elle ne vit plus avec cet homme qui l’a si longtemps aimée… Oui, durant toutes ces années, elle avait réussi à s’oublier, c’était bon, c’était bien. Elle avait un but, constamment occupée par le quotidien avec ses deux hommes, il n’y avait plus de place pour les questions existentielles qui l’ont tant torturée. Mais voilà tout a une fin.

« Chasser le naturel il revient au galop. » Cette vie bien réglée ne suffisait plus à la protéger de ses démons et elle a tout envoyé valser une fois de plus au grand dam de son entourage. Qu’est-ce qu’il te prend, il est super ! Tu va faire quoi, t’as pas de boulot, t’as plus d’appart… Gnagnagna. Elle n’écoute plus, elle a l’habitude.

Toujours cet éternel besoin de faire table rase. Elle ne sait plus d’où cela provient, enfin si maintenant elle a compris que c’est une des conséquences d’une enfance mal digérée, du moins l’interprétation qu’elle s’en est faite. D’ailleurs, son problème c’est qu’elle n’a aucun souvenir d’enfance. C’est le flou artistique : quelques bribes de sa scolarité mais concernant sa vie de famille rien. Elle a beau chercher, réfléchir, se concentrer : rien. Blackout total. Mémoire sélective, facile. Tout ce qu’elle a pu retrouver provient de photos qu’elle a pu récupérer ; de bribes de conversations avec sa famille qu’elle accepte enfin de revoir. Mais entre sa chère mère qui ne lui donne JAMAIS la même version des faits et ses frères et soeurs qui ne comprennent pas pourquoi elle tient absolument à remuer ce passé tant d’années après, c’est le parcours du combattant. Putain elle veut juste comprendre pourquoi elle se sent si larguée parfois ! Car elle a souvent l’impression de flotter, de ne jamais être vraiment là sauf quand elle était complètement stoned ou dans les cas d’urgences.  Paradoxal mais c’est ainsi. Elle s’est construite à rebours, à contresens.

Aujourd’hui face à elle-même depuis quelques années, elle a réussi à trouver le chemin de son identité. Petit à petit elle a récupéré puis recollé ses morceaux avec patience, pas forcément dans le bon ordre mais existe-t-il vraiment un agencement idéal ? Sa famille a enfin reconnu que la violence qu’elle a subie n’est pas le fruit de son imagination comme elle avait fini par le croire. Elle comprend mieux pourquoi elle a perdu la mémoire. Maintenant qu’elle sait que ses cauchemars étaient sa réalité, elle va mieux. Elle connaît à présent l’origine de ses démons. Elle n’a plus besoin de se perdre pour les tenir à distance. Ils font partie de sa vie dorénavant. Elle se demande même parfois si ce n’est pas grâce à eux qu’elle a tant de force malgré son extrême fragilité. Oui, car elle en est consciente : cette faille qu’ils ont crée est tantôt sa richesse tantôt le gouffre dans lequel elle plonge. Elle aimerait tellement rester en surface comme tout le monde, mais c’est plus fort qu’elle : le vertige des profondeurs l’attire, comme un appel irrésistible. Toujours ce besoin de creuser, de chercher, de comprendre se qui se cache derrière l’apparence des choses. Mais elle admet qu’il faut parfois accepter que justement il n’y a rien à comprendre, du moins sur l’instant. Que parfois les faits se succèdent de façons incohérentes et que nous obtenons des réponses bien des années plus tard et souvent au moment ou on ne les attend plus… Elle comprend mieux aussi pourquoi elle voit toujours les choses telles qu’elles pourraient être mais pas forcément ce qu’elles sont réellement… C’est cette tournure d’esprit qui lui a permis de survivre. Il paraît que tout n’est qu’illusions. Elle se découvre multiple, elle accepte cela aussi. Elle a appris la dérision, la vanité de vouloir tout maîtriser. Tout lui semble si loin et si proche… La limite est encore floue mais  elle a enfin trouvé un certain équilibre dans son déséquilibre. La légèreté d’être. Elle se sent plus légère… C’est si bon la légèreté ! Et même si parfois elle est se sent encore décalée, cela ne la dérange plus, elle s’accepte enfin !

Enfin… Façon de parler. Les mots c’est bien connu on peut leur fait dire ce qu’on veut. La masturbation cérébrale, faut qu’elle arrête, il faut qu’elle se ressaisisse. Elle referme le placard de son passé. Pierre ce soir elle rejoindra Pierre.

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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