Insomnies

Graffiti artist (surbuban dream remix)

Mes nuits d’insomnies sont devenues mes amies.

Avant je les haïssais, je comptais les heures sans sommeil qui s’additionnent et me rendaient d’une humeur massacrante. Puis j’ai réalisé : c’est une chance inouïe pour moi qui me plains constamment du manque de temps au quotidien ! Je me suis approprié mes insomnies comme du temps en supplément qui n’appartiendrait rien qu’à moi. Luxe suprême !

Quatre heures du matin. J’erre dans les rues désertes dans la fraîcheur de la nuit. J’avance au hasard des rues dans cette ville immense que je connais si bien le jour et qui me semble inconnue à cette heure-ci. Toutes les grandes villes se ressemblent lorsque ceux qui les habitent sont dans les bras de Morphée. Oui, c’est à peu de choses près le même décor. C’est la population, les voix, les sons qui les animent qui font la différence à mes yeux. Enveloppées par la nuit, elles m’apparaissent identiques. Ici ou ailleurs… Sensation diffuse, impalpable. La perception est plus fine. La brise matinale qui caresse mon visage, le chant de quelques oiseaux, mes pas qui résonnent sur le bitume, le moindre bruit prend une intensité différente. Je me laisse bercer par le rythme de la marche, le bruissement des platanes feuillus, accompagnée par les immeubles qui longent les rues qui semblent me sourirent, tandis que les réverbères éclairent mes pas. Puis je monte les marches de « la colline », car il y a toujours une colline qui surplombe une ville, et de là je contemple la belle endormie, bien que de loin en loin je commence à apercevoir des lumières comme des clins d’oeils qui s’allument. Alors je redescends avant que toute la ville ne se réveille complètement. Je m’arrête sur un des ponts et regarde couler le fleuve. Mon regard se perd dans les tourbillons dû au courant et j’ai l’impression d’être au bord de la mer, sur la jetée ou à l’entrée d’un port, n’importe lequel ; l’eau scintille de couleurs incroyables aux aurores, j’arrive presque à sentir les embruns salés qui flottent dans l’air… C’est si loin et si proche.

Je peux rester des heures ainsi à contempler les tourbillons d’eau jusqu’à ce que le jour se lève. Là, je continue ma promenade urbaine jusqu’au café le plus proche qui sera ouvert et assise au comptoir ce sont les gens que j’observe à présent : le chassé-croisé de ceux qui vont travailler et ceux qui terminent leur nuit. Deux mondes qui se côtoient à cette heure bien précise. Avant aussi j’aimais ce moment-là. Je n’avais pas forcément envie de rentrer, mais mon corps réclamait à tout prix une trève. Alors j’avalais consciencieusement un « café croissant » avec mes acolytes de la nuit avant d’aller me coucher en regardant d’un oeil compatissant, ces mêmes personnes qui elles partaient travailler. La lumière crue du bar agressait mes yeux que j’avais un mal fou à garder ouverts tellement ils me brûlaient tandis que mon esprit embrumé par les vapeurs de paradis artificiels, tentait vainement de se ressaisir afin de fournir le dernier effort qui m’amènerait jusque dans mon lit moelleux où je pourrais enfin comater. C’est si loin et si proche aussi…

Tous ces souvenirs sont intacts dans mon esprit, toutes ces sensations sont imprimées dans mon corps. Aujourd’hui je ne peux plus me perdre parce que je me suis déjà perdue tant de fois et je l’avoue avec délices. Maintenant je connais chaques chemins et de temps en temps, j’en choisis un et je remonte le temps. Mes insomnies me permettent cette immersion dans le passé, sans les expédients, sans les inconvénients. Plus les années passent et plus j’ai l’impression d’avoir vécu ma vie à l’envers : comme si toute ma vie avait été décalée. Un peu comme les enfants qui grandissent trop vite avec des vêtements toujours trop courts, des responsabilités trop tôt ; le cheveu dans la soupe, l’éclat de rire au crématorium, jamais au bon endroit au bon moment. Si loin, si proche pourtant…

Mais tout cela m’amuse aujourd’hui, je me suis réconciliée avec mon passé, mes démons… Mes nuits d’insomnies me permettent cela : revivre tous les bons moments, rien que les bons et être heureuse encore une fois durant ces instants…

Les rues s’animent à présent. La circulation a repris son court. La clameur de la ville me signale que c’est l’heure de rentrer chez moi et de rejoindre mon quotidien. J’ai le sourire jusqu’aux oreilles, je pense que je vais plonger avec délices dans les bras de Morphée à mon tour. Mon quotidien aujourd’hui se lèvera vers midi et ça ira bien !

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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