8. Sophie et Elle

Les discussions sur le labyrinthe partent dans tous les sens. Elle en était certaine. C’est une histoire à tiroirs et chacun la perçoit d’une façon différente. Aujourd’hui ils décortiquent le passage « Ils errent ensemble.» La notion d’appartenance à un groupe si chère à l’adolescence. Elle les observe entrain de travailler par petit groupe et passe entre eux pour tenter d’éclairer leurs questionnements et les calmer quand le ton monte trop fort. A la fin du cours Sophie vient la voir.

  • Comment avez vous deviné ?
  • Avant d’être avec vous j’ai travaillé quelques années sur les problèmes d’addictions, avec des toxicomanes et des alcooliques dans un hôpital.
  • Tu vas le dire à mes parents ?
  • Je préférerais en discuter avec toi avant si tu es d’accord ?
  • Mes parents, il ne faut pas leur dire, j’ai assez de problèmes comme ça et en plus ils s’en moquent !
  • Pourquoi dis-tu cela ?
  • Ils passent leur temps à se disputer, que je sois là ou pas c’est pareil. Je préfère m’enfermer dans ma chambre.
  • Tu as une chambre c’est bien, non ?
  • C’est normal !
  • Ben non, je connais des tas de gens qui n’ont pas forcément les moyens d’avoir un appartement assez grand, tu as de la chance, au moins tu peux t’isoler quand ça ne va pas.
  • Ça serait vraiment l’enfer ! Je ne supporte plus de les entendre !
  • C’est pour ça que tu te drogues ?
  • Oui et non,
  • Comment ça ?
  • Oui, ça m’aide à les supporter, non, ce n’est pas de leur faute,
  • Je suppose que tu fumes aussi ; et qui t’as fait connaître ce produit parce qu’on n’en trouve pas comme ça dans la rue, faut être introduit, non ?
  • Pas du tout ! Ça ce trouve dans la rue ! Tu sors d’où toi !? Mais c’est mon copain qui en prend tout le temps et je voulais savoir ce que ça faisait comme effet, j’ai essayé,
  • Ton copain ? Il ne t’as pas dit que c’était dangereux ?
  • Ben au début, il ne voulait pas que j’y touche et puis un jour il était tellement défoncé que j’en ai profité, je lui en ai piqué. Bien sûr il s’en est rendu compte et ça l’a rendu furax ! On s’est disputé, il m’a insultée et il a voulu que je le rembourse. Au final il a dit que c’était pas plus mal parce qu’à deux on en commanderait plus et on serait mieux servi, enfin au début…
  • Tu fais comment pour avoir cet argent ?
  • J’ai travaillé l’été dernier mais j’ai plus rien maintenant et mon copain ne veut plus me voir, je suis super mal.
  • Depuis quand ?
  • Le weekend dernier.
  • T’es mal, tu veux dire tu es triste ou tu as mal physiquement ? Tu en prends beaucoup ?
  • Je suis super triste, non je n’en prenais pas beaucoup, c’est surtout lui. Je lui donnais ma part la plupart du temps car sinon j’assure pas en cours, lui il ne travaille pas.
  • Il fait quoi ?
  • Rien, il vit chez ses parents, il a arrêté l’école, il prépare son bac chez lui.
  • Bon, mais physiquement tu te sens comment ?
  • Mal, j’ai mal partout… Je fais que pleurer je comprends pas pourquoi il ne veut plus me voir, c’est à cause de ce truc j’en suis sûr, c’est pour ça que je voulais essayer, mais moi ça me fait vomir, ça me rend malade ! Je comprend pas pourquoi il aime tant cette merde ! Je vois bien que plus rien existe, qu’il ne me voit plus quand il en a pris ! Je voulais comprendre et j’ai rien compris et en plus il ne veut plus de moi !
  • Ecoute, c’est peut-être mieux pour toi. Ce que je peux te dire c’est que ce garçon va mal et il ne peut pas aimer tout court, parce qu’il a d’autres problèmes en tête. Ça n’a rien à voir avec toi, crois moi. Il se perd dans un monde ou personne d’autre que lui n’a accés. Il croit qu’il s’évade, que ça l’aide mais l’héroïne c’est la mort assurée, c’est comme un suicide, un peu comme l’alcool sauf que c’est plus rapide. Dis toi que ce garçon, en te quittant il te rend service, il te sauve la vie,
  • Tu crois ?
  • Je t’assure
  • Mais je l’aime moi !
  • Peut-être que lui aussi… À sa façon ; peut-être qu’ il s’est rendu compte qu’il ne peut pas te donner ce que tu veux, il préfère te quitter. Parfois c’est ça aussi l’amour, être capable de partir pour ne pas faire plus de mal.
  • Oui ben c’est un lâche !
  • Ou courageux… Pas facile de quitter quelqu’un qu’on aime, pas facile de reconnaître qu’on ne pourra pas assurer, pas facile tout court de décider de rester seul.
  • Pourquoi t’as toujours réponse à tout ?
  • Ce ne sont pas des réponses, ce sont des suppositions. Je ne suis pas dans sa tête, ni dans la tienne ; seulement j’ai connu et aimé des personnes dans ce cas et contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas ou tout blanc ou tout noir. N’importe qui peut sombrer, ce n’est pas à la portée de tout le monde de garder la tête hors de l’eau. Mais je trouve que c’est courageux de quitter ceux qu’on aime quand on sent qu’on perd pieds à ce point là. C’est une grande preuve d’amour de ne pas les entraîner avec nous. Et c’est aussi une forme d’amour que de ne pas profiter d’une personne qui ferait n’importe quoi pour toi alors que toi tu ferais rien.
  • Tu crois ?
  • Oui, j’en suis certaine. Tu peux lui envoyer des messages de temps à temps pour lui dire que tu n’es pas loin, mais respecte son choix de rester seul. Essaie.
  • T’en parles pas à mes parents ?
  • Non, à condition que tu me tiennes au courant, si tu as un problème, tu m’en parles avant d’agir, n’hésite pas, d’accord ?
  • D’accord…

Sophie n’a pas l’air très convaincu. Quant à elle, elle est persuadée que cette gamine ne lui a pas tout raconté. Maintenant que le contact est enclenché, elle ne va pas la lâcher. Elle a conscience qu’il va falloir y aller en douceur pour creuser, aller au bout de cette histoire et tenter de l’aider à sortir de cette impasse. Parce que elle, elle sait que c’en est une… Et pas des moindres.

Tandis qu’elle la regarde s’éloigner des souvenirs douloureux remontent à la surface et ça ne l’arrange pas du tout…

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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