La Baie d’Along

C’est parti ! Les billets en poche, nous sommes fins prêts. Pour les vingt-cinq ans de mon fils j’ai décidé de l’emmener sur la terre de nos ancêtres pour son plus grand plaisir. Le mien est mitigé : vu l’éducation bien typique que j’ai reçue et qui ne m’a pas vraiment plu, je précise que je suis bien contente d’avoir vu le jour en France… Mais je ne peux qu’être joyeuse devant l’excitation de Paul. C’est vrai aussi que la plupart de mes amis ainsi que les siens ont adoré le Vietnam et les récits de leurs aventures ont aiguisé ma curiosité…

La première semaine que j’ai passée avec lui a été géniale. D’abord parce que j’ai découvert d’autres facettes de la personnalité de mon fils et qu’en plus notre relation s’est enrichie d’une complicité nouvelle. Puis je lui ai proposé de continuer le voyage chacun de notre côté et de se retrouver la veille du retour en France, à Hanoi. Aller si loin et rester «collé» à sa mère durant tout le voyage ne me semblait pas être une très bonne idée comme cadeau d’anniversaire…

Et ce qui devait arriver, arriva : les deux semaines suivantes m’ont parues une éternité ! Je suis rentrée… Malade. Direct l’hôpital. J’ai bien cru avoir attrapé une de ces maladies étranges mais après maints examens : rien. J’avais juste perdu six kilos et mon optimisme dans la Baie d’Along.

Incompréhensible me direz-vous ? Ben si vous me connaissiez un peu plus, pas vraiment. J’ai le don de voir ce que les autres ne voit pas, dans tous les sens du terme. Ce n’est pas toujours drôle d’avoir beaucoup d’imagination et une logique différente du commun des mortels.

Donc cinq jours à bord d’un bateau dans cette fameuse « baie paradisiaque ». Au départ nous devions être six, nous étions vingt. Je mets cela sur les aléas de ma compréhension d’une langue Vietnamienne que j’ai oubliée, doublé d’un Anglais plus qu’approximatif. La majorité du groupe était des jeunes de Singapour, à moitiés ivres la plupart du temps et toujours dans cet éternel besoin de «faire des choses». Quand ce n’était pas le guide, c’était les étudiants. Au début, contemplative que je suis, j’étais aux anges : traverser ces îlots sous la brume… Magique ! Nous avons même eu droit à une pleine lune rousse qui nous a fait l’honneur de sa présence. J’ai commencé à déchanter lorsqu’ils m’ont demandé joyeusement de participer avec eux à leurs jeux nautiques !

  • Viens te baigner avec nous !
  • Heu j’ai pas de maillot.
  • Pas grave, en slip !
  • Heu, j’sais pas nager.
  • On est plusieurs, on te sauvera !
  • J’ai la phobie de l’eau.
  • Bon on prend les canoés-kayaks et si tu ne sais pas ramer, on ramera pour toi !

Impossible de refuser, je me serais giflée… Me voilà donc embarquée deux par deux, partant dans tous les sens, dans le plus grand vacarme ! Avec mon co-équipier nous décidons de nous éloigner un peu et de faire le tour d’un îlot. Tout d’un coup, plus un seul bruit. Juste le clapotis de nos rames fendant l’eau et le chant de quelques oiseaux. Très romantique sauf que des images du film «Indochine» me sont venues en tête ainsi que les souvenirs de guerre de ma grand-mère. J’ai commencé à m’angoisser sérieusement. Je me voyais ramer dans une mer remplie de cadavres en décomposition, égarée dans les méandres d’un labyrinthe marin, dans une histoire qui n’était pas la mienne et qui se transformait en cauchemar ! Je finissais par trouver le diamètre de cet îlot interminable. Rien qu’à l’idée de tomber à l’eau j’en avais les cheveux qui se dressaient sur la tête ! Le silence qui m’avait charmée cinq minutes plus tôt, me stressait grave à présent et je me demandais si nous ne nous étions pas perdus dans cette foutue baie ! Mais trop fière, j’ai continué à pagayer en silence.

  • T’as remarqué ? C’est dingue ! On n’entend plus rien.
  • Oui. Il est immense cet îlot, non ? (Genre je constate alors que je suis morte de trouille depuis un moment. Il ne va pas s’y mettre ?)

Heureusement, il continu de parler sur ce voyage qu’il adore et enchaîne sur ceux qu’il a déjà fait… Ouf ! J’aperçois au loin notre bateau et les battements de mon coeur, se calment enfin.

Après maintes excursions sur les différentes îles de cette baie, j’ai abandonné le groupe et jeté mon dévolu sur celle de Cat-Ba où  j’ai pu enfin me détendre, seule ! Les voyages en groupe ce n’est vraiment pas mon truc mais pour visiter les sites tel que celui-ci c’était obligatoire. A moins de posséder un bateau personnel… Ensuite quelques jours passés à Hué où là aussi « j’ai pleurer ma mère » mais ça c’est une autre histoire… Puis retour sur Hanoi afin de retrouver mon fils chéri.

  • Alors maman, c’était comment la Baie d’Along ?
  • Génial !

petite fille au réveil

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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