une fin annoncée 1

 

Il n’est pas venu… Certes il est souvent en retard. Je regarde encore l’écran de mon téléphone comme s’il allait apparaître. Pourquoi est-ce que je m’obstine ?

Je retourne au bureau d’un pas vif. Ce vent cinglant me fait du bien, me rafraîchit les idées, sèche mes yeux .

Tous ces mots que je n’aurai pas dit. Toutes ces questions en suspend. Ces moments dont j’ai tant rêvé… Suite au prochain épisode ? Il disparaît encore à l’improviste… Pour combien de temps cette-fois-ci ? Le vent souffle plus fort, maintenant je lutte pour marcher.

– Alors ce rendez-vous ?

– Oublie s’il te plaît.

– Tu prends un café ?

–  Oui, cool !

Vite ! Rentrer à la maison, faire les devoirs avec les enfants pendant que la soupe mijote, il va rentrer avec son sempiternel : « hum , ça sent bon, qu’est-ce que tu nous a préparé chérie ?. » C’est vrai, je ne suis pas juste…

Lui il est là. Tous les soirs. Tous les jours.  Qu’est-ce qu’il m’arrive ? Je perds pieds dans cette vie. Quelque chose  a vrillé, mais quoi ?

C’est comme si un filtre avait disparu. Comme si, tout à coup, on avait allumé des projecteurs ou au contraire, lentement une lumière blafarde avait envahi sans scrupule, tout mon univers.

Ce qui est certain, c’est que je n’accepte plus ce quotidien. Je bute sur chaque instant. Je suis « ailleurs » dès que je le peux. Cette sensation devient insupportable  « je suis là, sans être là… »

Tout est devenu machinal, sans saveur, sans consistance. Je m’en veux d’être devenue l’ombre de moi-même, d’avoir perdu le fil…

Ne plus apprécier chaque instant, chaque geste, chaque regard… Où est passé le temps où je guettais le moindre de tes mouvements pour deviner le suivant ? le temps où je ne me lassais pas de te regarder dormir, d’ écouter ta respiration…

Aujourd’hui c’est dans d’autres bras que je me donne, que je m’évade et me nourris. C’est avec un autre que je partage et tisse des liens…

Je me fais horreur. Je n’arrive pas à accepter qu’une relation puisse s’arrêter, s’étioler ainsi pendant qu’une autre prend forme naturellement. Sans état d’âme, comme si cela allait de soi…. Sans scrupule et sans souffrance… Pourquoi ces deux-là seraient-ils un passage obligé pour exhumer un amour et passer à un autre ? Où  ai-je appris  cette contrainte ? Pourquoi ai-je cette désagréable sensation d’être inhumaine ?

– Tu n’as plus faim ?

– Non merci. Veux-tu un café ?

– Oui mais je voudrais  surtout que tu me dises ce que tu as. Je te sens préoccupée ces derniers jours. Quelque chose ne va pas ?  Tes collègues ?

– Non, non, juste que je suis fatiguée. J’ai besoin de vacances je crois, de changer d’air.

– On pourrait  partir quelques jours à l’océan ? Je sais que tu adores, que ça te vide la tête.

– Bonne idée, mais ce n’est pas le moment, tu sais bien …

– Oui, mais si on réfléchit ce n’est jamais le moment .

– On verra… j’ai des trucs à terminer et j’avoue que ça me déborde. J’ai du mal à me concentrer en ce moment.

– Donc  j’en déduis que c’est oui et  j’organise  une escapade  pour bientôt !

(Enthousiaste, souriant jusqu’aux oreilles ! il me fend le coeur …)

– Je ne suis pas sûre de pouvoir me libérer,  j’ai peut-être juste besoin de rester à la maison à ne rien faire… Ou dormir, ne plus penser.

– Ma chérie ça m’a tout l’air d’une déprime,  tu as besoin de changer d’air !

– Besoin de changer tout court, je suis désolée, je déraille. Il faut que je fasse quelque chose mais quoi ? Si je continue comme ça je vais tout gâcher et ce n’est pas ce que je voudrais. … Mais c’est vrai je me sens perdue et ça n’a rien à voir avec toi. Tu as sans doute raison, quelques jours pour que j’y vois plus clair … Mais seule.

Tandis que je le regarde, il baisse les yeux sur son café, caresse machinalement  le bord de la tasse …

Son silence m’accable. Je sais pertinemment qu’il commence à comprendre ; qu’il pressent lui aussi  le début de la faille, la brèche qui se dessine, la fissure qui va se ramifier, lentement … Fatalement,  dans une lenteur exaspérante. Parce qu’on ne voudra pas la voir, que nous détournerons  le regard comme ce soir. Que nous enroberons notre inquiétude et notre tristesse de gestes tendres, de silence. Nos gémissements resteront intérieurs, par pudeur, par respect pour notre relation. Car  nous l’aimons notre relation. Nous nous aimons, c’est une certitude. Je le hais presque de ne pas me poser plus de questions, de ne pas provoquer une scène, de ne pas m’assaillir de reproches… Ce serait tellement plus facile pour moi.

Mais j’aime un autre homme. C’est aussi une certitude… Pour mon plus grand désarroi. Jamais je n’aurais imaginé que cela puisse m’ arriver un jour… Jamais.

A propos schizolucide

Pétrie de paradoxes, personnalité à multiples facettes j’ai traversé une grande partie de ma vie d’une traite. En apnée. Nous sommes tous en sursis et j’ai envie de le partager avec vous au travers de mes personnages fictifs ou non qui sont parfois dans le flou le plus total…Bref nous aurons peut-être l’occasion de partager nos expériences si tu veux bien à travers ce blog.
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