Solitude quand tu nous tiens !

Parce que je ne pouvais pas y croire. Parce que je ne m’y attendais plus. Besoin de contrôle ou inaptitude à accueillir ce qui vient ? Parce que comme d’habitude, je me suis censurée d’avance. Je n’ai  pas laissé l’ombre d’une chance à cet inconnu, à ce hasard qui parfois nous bouleverse sur son passage, d’entrer dans ma vie.

Il m’avait dit de la façon la plus naturelle du monde : « il se passe quelque chose là, entre nous ? »

Je m’en souviens très bien. Il me raccompagnait à l’arrêt d’un bus, nous étions devant un passage piétons, attendant que le feu passe au rouge.

Et moi de lui répondre : « ah bon tu trouves ? Il se passe quoi dans ta vie pour que tu penses un truc pareil ? » Vlan ! la réplique à l’acide dont je suis coutumière. Il a bredouillé je ne sais quoi mais un truc qui m’a touchée, j’avais souri. Il n’y avait plus de bus. Il m’a proposé de me raccompagner à pieds jusqu’à chez moi… Et ce faisant, il s’est passé un truc entre nous. 

Le lendemain nous avons pris un petit déjeuner à la terrasse d’un café, visiter une exposition du moyen-âge. Des tentures il me semble. Nous marchions côte à côte comme si nous avions toujours été ensemble, déambulant au hasard dans cette ville que beaucoup nous envient pour son côté romantique… J’avais cette sensation. Deux touristes sous le charme. C’était très agréable… Jusqu’au moment où il m’a demandé ”On se revoit  quand ?” Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais d’une seule tirade, avec force gesticulations, je lui ai déballé un emploi du temps démentiel où il n’y avait pas de place pour autre chose que mon travail. Le charme s’est rompu.

”On ne m’avait jamais jeté de cette façon jusqu’à aujourd’hui, t’es trop forte !”

Le choc ! C’est un peu comme s’il m’avait claquée. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point j’avais fermé mon coeur. J’ai tenté d’adoucir ma réaction mais je ne faisais que m’enfoncer dans ma maladresse. Je n’avais pas eu l’impression de le ”jeter” pourtant, mais c’est comme ça qu’il a interprété. Je n’étais pas prête à entrer dans l’aventure, il y était déjà.

« T’es trop forte ! » … Ma solitude.

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une histoire simple

Ils jouent à ”un, deux, trois, soleil !” dans la cour de récréation, ils se bousculent, elle lui sourit.
Ils font leurs devoirs de classe dans un café à des tables, séparés. Il lève la tête de temps à autre et lui sourit, tandis qu’elle baisse la tête et le regarde en coin.
C’est l’été, les feux d’artifices, ils s’embrassent sous le ciel étoilé.
Il fait froid, réunis dans la cuisine en préparant le dîner, ils font des projets.
Un enfant peut-être ?
Ils regardent avec fierté leur jardin qui fleuri, allongés dans l’herbe ils savourent les premiers rayons du soleil ; des roulades et des rires avec l’enfant qui grandit.
Des nuages passent, s’étirent et disparaissent.
Le temps s’écoule, les années qui s’accumulent, les événements qui s’enchaînent mais quels qu’ils soient, ils sont toujours resté ensemble. Ils traversent tous ensemble. Les accidents, trahisons maladies décès et tous ces petits bonheurs qui parsèment leur chemin.
Leur enfant a construit sa propre vie. Ils sont grand-parents aujourd’hui.
Des nuages passent, s’étirent et disparaissent à nouveau sous leurs regards attendris
et bienveillants.

Il est parti en premier.
Elle se dit qu’elle a eu une belle vie.
Elle sourit en pensant à lui.
Un deux trois, soleil !

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Apprentissage

 

 

Me fondre dans la foule, au milieu d’un groupe est un peu ma spécialité. J’ai de l’entraînementCapture d’écran 2014-12-13 à 04.51.01

J’ai toujours rêvé d’avoir des dons : téléportation (à plusieurs c’est mieux), télépathie, ubiquité mes préférés et devenir invisible en faisait partie. En grandissant j’ai développé la faculté de devenir transparente. C’est différent certes. On fait ce qu’on peut. Ça ne me donne pas accès aux même actions mais cela m’a bien aidé à surmonter ma timidité. J’ai cru… En fait cela m’a évité de fuir certaines situations. Comme un sas de sécurité. Une distance entre moi et ce qui ce passe. Aujourd’hui j’ajouterais bien à ma liste un clone.

Affronter, affrontement, confrontation, conflit sont des mots qui entraînent des émotions difficiles chez moi. La seule réaction dont j’étais capable jusqu’à présent c’était la fuite. L’évitement, l’esquive, le contournement ou carrément l’incompréhension. Je refuse tellement le groupe et ce que cela implique de relation qu’il m’est arrivé de vivre des situations difficiles avec une incompréhension totale. Face à cette non réaction, la relation ou le conflit s’est souvent annulé de lui-même. Comme quoi un comportement quel qu’il soit, peut-être désamorcé dans l’oeuf si en face pas de réaction. Ç’est ce que je comprends avec le recul. In vivo c’était pas la même. Parfois aussi j’ai eu l’impression d’être un éléphant dans un jeu de quilles. J’ai une logique particulière donc je ne réagis pas comme la plupart des gens face à un même événement. Cherchez pas, je ne sais pas pourquoi, c’est un constat que j’ai pu observer. Mon cerveau n’a pas les mêmes codes.

 Bref, je me suis rendue compte que ce comportement ne m’aidait pas. Il déplace mon problème mais ne le résout pas. Pourtant dans mon milieu professionnel je ne m’en sors plutôt bien, c’est surtout ma sphère privée qui est touchée. Elle devient si privée qu’on se demande si ce n’est pas de l’isolement. Certains vont faire des retraites dans des monastères, des séminaires, vont loin pour trouver la paix… Moi je reste dans mon appart. Pratique ! Donc cette année je me suis lancé un défi : exit la complaisance dans la solitude si confortable pour moi, va pour le plongeon en société. Le vrai plongeon. Dans le sens contact, relation avec autrui. Pas juste acte de présence absente. Genre le pot de fleur. Pour vous cela peut paraître du chinois, mais pour moi c’est un grand pas en avant, que dis-je un saut dans le vide !

Donc tous les jours, (oui tous les jours je ne fais pas les choses à moitié) je m’oblige à aller dans un groupe et je prends la parole la plupart du temps. Je le vis comme un exercice, un TP comme on dit à l’école. Nous disposons de 3 à 4 minutes chacun. C’est un véritable apprentissage : j’ai le coeur qui bat plus fort, je rougis, j’ai l’impression que ce qui sort de ma bouche n’a ni queue ni tête… Mais je me lance. Et je n’en meurs pas.

Combien de temps me faudra-t-il pour que je sois à l’aise, vais-je tenir le coup ? Je n’en sais rien. Un jour à la fois.

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Pascalito.

Maxine c’est toi ? Tu te souviens Maubuisson ? L’atelier ?

Heu oui ?

Moi c’est Pascal, je m’occupais des percus et toi de la danse ; tu te souviens on appelait ça ”l’expression corporelle”, moi qui comptais sur mon charme de musicien, tu m’avais complètement ignoré, tu t’en souviens ?

Ça y est, bien sûr, désolée, mais je t’assure : je ne t’avais pas ignoré. Je n’avais rien vu, pas compris. Tellement concentrée par mon travail. Mais ça fait un bail ! Que fais-tu à Paris ? 

Ben toujours dans la musique ; on fait une tournée et on joue ce jeudi ; tu viendras nous voir ? Ça me ferait plaisir, vraiment,

Ok, à jeudi, au moins tu n’es pas rancunier,

Heureusement pour moi, ce serait dommage de rester bloqués sur le passé !

Sur ce je m’éclipse et fouille dans ma boîte à souvenir… Année 1985, 86 ? C’est étrange comment notre cerveau fonctionne. Il suffit d’un mot, un visage et un pan de notre vie réapparaît. Les images s’animent, les sons, les odeurs… Les émotions. « Pascalito » c’est le surnom que je lui avait donné. Je l’aimais bien. Nous avions passé plusieurs mois à travailler ensemble. Il était arrivé en soutien pour l’été dans ce centre et avait fini par rester et faire partie intégrante du programme pédagogique. Il ne se contentait pas de jouer pour nous accompagner, il poussait les enfants à participer, à créer leurs propres sons et mélodies pour ”s’articuler” dessus, avec. J’appréciais sa sensibilité discrète mais certaine. Son implication dans l’évolution du projet, les progrès des enfants. Je me souviens aussi de longues discussions le soir après dîner. Des réflexions s enflammées sur tel ou tel sujet. Je me souviens surtout que je ne tenais jamais bien longtemps. Je m’endormais très vite.

Je me rend compte aujourd’hui, que lui non plus je ne l’ai pas vu. Comme la plupart des hommes que j’ai croisés durant toutes ces années. Comme si je portais des oeillères. C’est un peu comme si je m’étais interdit d’ouvrir certaines portes. Persuadée que j’avais d’autres choses à faire. À force de cloisonner mes fonctions, mes actes, mes amis pour me protéger et les protéger, je me suis cloisonnée moi-même comme une grande. Dans une tour d’ivoire qui à présent me donne le vertige. 

Effectivement j’avais des raisons. Des raisons ou des prétextes pour mieux me planquer ? Mais il est vrai que j’ai vécu tellement d’expériences différentes et exaltantes ! Je ne sais pas si j’aurais pu agir de la sorte si j’avais choisi la voie du couple. Au niveau professionnel j’entends car sinon il est dit qu’à deux c’est mieux ! Et pour l’avoir vécu à un moment donné dans ma vie, je veux bien le croire. Mais Ça c’est une autre histoire…

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Le poids du passé.

Parler pour ne rien dire,

dire les choses en silence, 

le silence des mots….

La poitrine se serre, ses yeux crient, appellent… Sa bouche pleure des mots qui se perdent en silence. Parfois ils rebondissent et résonnent à l’étroit dans son crâne, puis peu à peu, perdent en densité pour s’évanouir dans un souffle… Cauchemar récurrent d’impuissance.

Respire, respire. Ferme les yeux, respire. Vide toi la tête, concentre toi sur ta respiration… Sinon c’est la syncope assurée. Souffle, vide tes poumons… 

Ça fonctionne la crise est passée.

La respiration c’est ce qu’elle avait trouvé de mieux comme remède immédiat à ses ”panic attack”. Elle ne savait plus depuis quand ça avait commencé mais jusqu’à présent elle n’arrivait pas à contrôler. 

Et puis il y a eu cet homme un jour qui l’a secourue alors qu’elle s’était à moitié effondrée, s’accrochant à un lampadaire. Entre deux halètements elle avait perçu ces mots : gonflez vos poumons à fond, allez, respirez, inspirez, prenez le temps… Elle ne savait pas si c’était l’effet de surprise, sa voix, mais en tous les cas ça avait marché. 

Depuis elle a entamé un travail sur elle-même car elle n’en pouvait plus de cet handicap. Cela pouvait surgir n’importe où n’importe quand. Elle ne pouvait plus avancer comme ça. Le passé est le passé et on ne peut rien y changer. Elle pouvait bien rêver d’un monde idéal si ça l’amusait mais la réalité est telle qu’elle est et il faut bien vivre avec. Cependant comme cela faisait un moment qu’elle ruminait, son évolution s’est avérée assez fluide et les crises ont quasiment disparues car contrôlées.

Aujourd’hui tout n’est pas réglé mais elle est passé du statut ”spectateur” à celui ”d’acteur” de sa vie et cela fait toute la différence dans son quotidien.

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spinning world

Souvent dans les librairies, je choisis un livre au hasard des rayons et après lecture j’essaie de trouver un message caché. L’indice qui a fait que j’ai choisi ce livre et pas un autre. Depuis que j’ai appris à lire je ressens ce besoin irrépressible de trouver des corrélations entre les choses, les faits, les rencontres, les gens qui m’entourent. Découvrir ce lien invisible qui relierait tout ce qui m’arrive ; comme une suite logique des événements qui mettrait en relief la cohérence de ma vie. La lecture m’aide à  accepter ma différence. Aux travers des écrivains mes doutes et mes questionnements me semblent plus naturels. Je ne vais pas les énumérer, ce n’est pas le but. La finalité est que leurs écritures m’éclairent, me permettent d’évoluer et ne pas sombrer.

Ce désir constant de trouver cette logique, me permet d’avancer, me donne du courage… Car souvent je suis prise de vertiges. Décalée. Je n’ai aucune prise sur ce réel.

J’ai besoin de croire que tout ce qui nous arrive est relié et forme un «tout» qui fait que cette terre tourne, que notre société existe et que chacun de nous à sa place. Je voudrais juste trouver la mienne… Pas celle d’un autre ; non juste la mienne. Contrairement à ce que l’on m’a inculqué et ce que j’entend souvent autour de moi, je veux croire que tout les événements, les obstacles, sont là pour nous faire évoluer. Que «la vie « nous veut du bien, fondamentalement, inconditionnellement… Pour ne pas perdre pieds.

Aujourd’hui je tombe sur ”D’après une histoire vraie” de Delphine de Vigan.

Bluffant !

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Le banc.

Assise sur ce banc, elle attend. Depuis combien de temps ? Elle ne se souvient plus très bien. Son regard se promène dans ce parc qu’elle connaît si bien. Les cris des enfants dans l’aire de jeu un peu sur sa gauche, le bruissement de l’envol soudain des pigeons effrayés, le gazouillis flûté des mésanges, le croassement des corneilles. Oui tous ces bruits familiers lui tiennent compagnie. Un rayon de soleil vient lui caresser la joue. Elle ferme les yeux et s’abandonne à cette douceur. Elle semble se fondre dans le paysage. Elle voudrait ne faire qu’un avec lui. Elle se sent tellement pleine dans la nature. Tout lui paraît si simple.

Bonjour, maman ! Comment vas-tu aujourd’hui ?

Bien mon enfant, comme chaque jour. Tu es bien jolie, quel est ton nom ?

Lucie, et Jean t’embrasse,

Oui oui ça me revient. Il est terrible, il faut que tu le surveilles car il en fait toujours qu’à sa tête. Tu restes pour dîner ?

Non je ne pourrais pas mais nous pourrions déjeuner demain ?

Demain c’est loin, on verra. De toutes les façons, j’ai bien compris : je ne peux plus rien décider. Je ne comprend pas : un jour je me réveille chez moi et le soir je me retrouve dans cette chambre, à prendre mes repas dans ce réfectoire avec plein de gens que je ne connais pas… On ne m’a pas demandé mon avis. Je ne retrouve plus les photos que j’avais sur ma commode dans ma chambre, ni mes tableaux, et mon pull bleu que ton père m’avait offert ? Je ne retrouve plus rien. Ils m’ont tout pris.

Ça doit-être dans des cartons, je vais encore chercher si tu veux. Tu es là car on a pensé que ce serais mieux pour toi d’être ici avec des personnes de ton âge. En plus tu bénéficies d’un encadrement médicalisé. Dans ta jolie maison tu étais isolée de tout et nous ne pouvions pas venir tous les jours pour t’aider.

On ne m’a rien demandé.  Cet endroit sent la mort sinon comment expliques-tu que chaque fois que je fais connaissance avec quelqu’un, il finit par mourir…

Oui je comprend, l’âge avance, ça ne doit pas être simple tous les jours. Je dois y aller, les enfants, l’école. Je viens te chercher demain pour déjeuner, d’accord ?

Hum, si tu veux.

De toutes façons elle n’a pas le droit de sortir seule sauf dans ce parc. Comme les  enfants… ”L’âge avance”.

 Le soleil brille encore. Une légère brise s’est levée. Elle tend son visage et savoure cette caresse invisible. Elle se revoit au bord de la mer dans les dunes. Avec ses amis, insouciants, riant et chahutant dans le sable. Elle peut même entendre les vagues se mourir sur la plage. Elle soupire de bonheur. Elle va rester encore un peu.

Ce banc résume son univers. Le complice de toute sa vie qui défile.

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